À BREIDENBACH, la ferme du Kleinwald mise sur la diversification pour assurer son avenir


13 avril 2026
À BREIDENBACH, la Ferme du Kleinwald s’impose comme un exemple emblématique des mutations du monde agricole. À la tête de l’exploitation, Richard Fuchs et ses associés ont fait le choix d’une diversification poussée pour sécuriser leur activité, dans un contexte économique de plus en plus incertain.

Entre élevage laitier, production de viande, transformation sur place, accueil du public et projets collectifs, la ferme développe un modèle complet, du champ à l’assiette.

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Du lait à la glace : une transformation maîtrisée et transparente

Dans l’atelier de transformation, le lait produit sur l’exploitation est valorisé en glaces artisanales. La fabrication repose sur un procédé technique précis : le mélange est chauffé à 84 °C pour être pasteurisé, puis refroidi rapidement jusqu’à environ -10 °C grâce à une machine combinant cuisson et refroidissement.

Chaque étape est enregistrée afin de répondre aux exigences de la Direction départementale de la protection des populations (DDPP), garantissant une traçabilité complète.

Ici, pas de procédé industriel : aucun air n’est injecté dans les préparations. « Une glace industrielle contient beaucoup d’air. Nous, non. Nos produits sont plus denses, plus riches », explique l’exploitant. À volume équivalent, une glace artisanale de la ferme peut ainsi peser presque deux fois plus qu’une glace industrielle.

Le choix des ingrédients participe aussi à cette qualité : lait entier, crème, œufs pasteurisés, sucre et matières premières locales. Les parfums varient entre classiques et créations originales : caramel, fruits rouges, noisette-fraise ou encore glace au miel issue de producteurs du secteur.

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Une offre élargie : desserts glacés et restauration

Face aux évolutions du marché, la ferme a également développé une gamme de desserts élaborés : entremets glacés, bûches, trompe-l’œil ou pâtisseries prêtes à servir. Une offre pensée notamment pour les restaurateurs, confrontés à un manque de personnel depuis la crise sanitaire.

Ces produits, plus techniques et à plus forte valeur ajoutée, permettent de diversifier les débouchés tout en valorisant le savoir-faire de l’exploitation.

En parallèle, une activité de restauration à la ferme s’est structurée, notamment en période estivale. Glaces à la boule, plats à base de viande de l’exploitation et événements ponctuels attirent une clientèle locale et touristique.

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De l’élevage à l’assiette : viande et steaks en circuit court

La diversification passe aussi par un atelier de transformation en viande. Les animaux élevés sur l’exploitation sont valorisés directement sur place, avec notamment la production de steaks, burgers et autres produits bouchés.

Cette activité permet de maîtriser toute la chaîne de production et de répondre à une demande croissante pour des produits locaux, traçables et de qualité.

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Distribution : entre grande surface et vente directe

Les produits de la ferme sont aujourd’hui présents dans plusieurs grandes enseignes de la région.

Mais la vente directe reste essentielle : à la ferme, sur les marchés ou lors d’événements. Un modèle qui permet de maintenir un lien direct avec le consommateur, tout en améliorant la marge.

Cependant, la localisation de l’exploitation – relativement éloignée des centres urbains – constitue un frein. « Les gens doivent parfois faire 15 à 20 kilomètres pour venir. Avec le prix du carburant, ce n’est pas toujours évident », reconnaît Richard Fuchs.

Un projet clé : le magasin collectif de producteurs

Pour répondre à cette problématique, un projet de magasin collectif est en cours dans le secteur de Bitche. L’objectif : regrouper plusieurs producteurs locaux en un même lieu afin de faciliter l’accès aux produits.

Ce point de vente permettrait également de proposer une gamme plus large et de renforcer la visibilité des productions locales.

Tourisme et pédagogie : ouvrir la ferme au public

La ferme mise aussi sur l’accueil du public. Parmi les initiatives :

un labyrinthe de maïs ouvert en été,

des visites de l’exploitation,

des dégustations et démonstrations de fabrication,

des événements festifs et pédagogiques.

Une manière de diversifier les revenus, mais aussi de sensibiliser les visiteurs au travail agricole.

Innover pour survivre

Au fil des années, l’exploitation a multiplié les initiatives : production d’huile de tournesol, développement de nouvelles recettes, adaptation du packaging, création de nouveaux formats pour la grande distribution.

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« On est obligés d’innover en permanence », souligne l’exploitant. « Le prix du lait ou des céréales, on ne le maîtrise pas. »

Aujourd’hui, la ferme compte trois associés, un salarié à temps plein et un mi-temps, avec une part croissante d’automatisation, notamment pour la traite.

Une rentabilité fragile malgré la diversification

Malgré cette dynamique, l’équilibre économique reste précaire. « On arrive à se dégager un revenu, mais on n’a aucune visibilité », confie Richard Fuchs.

Entre la volatilité des prix agricoles, la hausse des charges et les aléas climatiques, l’exploitation avance avec prudence. « Deux mauvaises années peuvent tout remettre en cause. »

Le regard de l’État : valoriser le local et accompagner une filière sous tension

En déplacement sur l’exploitation, le sous-préfet Wassim Kamel a longuement échangé avec les agriculteurs. Il a salué « la qualité remarquable des produits » et encouragé une meilleure visibilité des productions locales, notamment dans les sites touristiques du territoire.

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Selon lui, l’enjeu dépasse la seule exploitation : « Il faut que les produits issus de nos fermes soient présents dans les lieux fréquentés par les visiteurs, qu’il s’agisse de sites mémoriels ou touristiques. C’est aussi une vitrine pour notre territoire. »

Le représentant de l’État insiste sur une évolution des comportements d’achat : « Aujourd’hui, les consommateurs sont de plus en plus sensibles au local. Accepter de payer quelques centimes de plus, c’est soutenir directement des femmes et des hommes qui travaillent ici, et maintenir une activité économique essentielle. »

Mais le discours se veut aussi lucide. Wassim Kamel reconnaît une crise profonde du monde agricole : hausse des coûts de production, rémunérations insuffisantes, manque de visibilité. « La profession traverse une période difficile. Il faut accompagner ces transitions et apporter des réponses concrètes », souligne-t-il.

Il rappelle notamment que certaines mesures ont été construites en lien avec les demandes des agriculteurs, tout en admettant qu’elles ne suffiront pas à résoudre l’ensemble des difficultés.

Enfin, il insiste sur le rôle stratégique de l’agriculture : « C’est un secteur essentiel à notre souveraineté alimentaire. Derrière chaque exploitation, il y a un enjeu national. »

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