La situation financière de la ville de Bitche est critique. Face à des factures impayées qui frôlent le million d'euros et une dette jugée très inquiétante, le préfet a officiellement saisi la Chambre régionale des comptes (CRC). Un contrôle budgétaire de quatre semaines démarre, forçant la nouvelle municipalité à stopper d'urgence plusieurs projets majeurs.
Un vent d'austérité souffle sur la citadelle. Informée officiellement le 22 mai dernier, la maire de Bitche, Sophie Pastor, fait face à une réalité budgétaire qu'elle qualifie elle-même de « très sombre ». La Chambre régionale des comptes (CRC) vient d'engager un contrôle budgétaire d’un mois au sein de la mairie. Un véritable audit forcé pour tenter de redresser une barre largement déviée.
La situation, détaillée par l'adjoint en charge des finances, Monsieur Rémy, s'avère alarmante : la municipalité traîne actuellement 978 000 euros de factures en cours qu'elle est dans l'incapacité d'honorer, auxquels s'ajoutent 120 000 euros d'engagements comptables à venir qui subiront le même sort. Au total, ce sont plus d'1,5 million d'euros de factures ou de commandes qui s'accumulent.
« Chaque mois, de nouvelles factures arrivent. Équilibrer la situation devient extrêmement complexe », s'alarme l'adjoint aux finances. « Notre priorité absolue reste le versement des salaires de nos agents territoriaux grâce aux dotations de l'État. La marge restante pour régler nos fournisseurs est dérisoire. »
Le voyant rouge de la dette est lui aussi largement dépassé. Alors que le seuil critique de la capacité de désendettement d'une commune est fixé à 12 ans, Bitche atteint aujourd'hui le ratio inquiétant de 17 ans. Sans nouvelles recettes ou économies drastiques, la ville se retrouve privée de toute capacité d'investissement à court et moyen terme.
Ce contrôle budgétaire impose des décisions immédiates et douloureuses. La municipalité a annoncé l'arrêt définitif de projets phares lancés par l'ancienne équipe :
Le projet du Stade : Engagé à hauteur d'un million d'euros à peine quinze jours avant les élections, il est purement et simplement annulé. La ville devra néanmoins verser environ 5 % de cette somme (soit 50 000 euros) aux entreprises pour les frais déjà engagés.
Le chantier du Centre-bourg : Pensé comme résilié, ce contrat à 1,4 million d'euros signé il y a un an est toujours actif. Là encore, le projet s'arrête, se soldant par des indemnités contractuelles de l'ordre de 5 %.
Outre le budget général, c’est la gestion du Golf de Bitche qui a provoqué la saisine de la CRC par le préfet en raison d'un déséquilibre profond. Sophie Pastor dénonce des budgets « insincères » votés par le passé. « Pour qu'un budget soit à l'équilibre, il faut donner des valeurs honnêtes. Faire apparaître 600 adhérents dans le budget alors que le golf n'en compte que 200 en réalité, c'est une valeur insincère », fustige la maire.
Face à cette crise qui dépasse le simple cadre bitchois, Sophie Pastor soulève une réflexion plus large sur la responsabilité politique et s'interroge ouvertement sur les dérives et les limites actuelles du principe de libre administration des collectivités locales.